Sculpture kakame
Village Nahoromere, Population Iwaino, Delta de la rivière Era, Delta du Purari, Golfe de Papouasie, Papouasie Nouvelle-Guinée, Mélanésie
Bois, pigments et fibres
H. 102 cm
Provenance : collecté en 1966 par Thomas Schultze-Westrum ; collection Mia et Loed van Bussel, Amsterdam, Pays-Bas
Les planches et les personnages bidimensionnels du Golfe de Papouasie ont, en raison des qualités de leurs motifs en bas-relief, attiré l’attention de nombreux artistes occidentaux. Ainsi, l’art du golfe de Papouasie a formé l’un des styles artistiques préférés de Max Ernst, qui a rassemblé une collection de plus de 25 sculptures sur bois de cette région. Longtemps désigné comme sculpture Bioma, ce personnage est en réalité une sculpture Kakame. Il représente les esprits claniques sous une forme anthropomorphe. Les Kakame sont placés dans les longues Maisons des Hommes, près des planches Gope et des personnages Bioma plus petits, à proximité des crânes. Ces objets permettent d’abriter temporairement les esprits ancestraux et de rappeler leur présence aux vivants. Ils sont utilisés comme trophées offerts aux esprits en remerciement des chasses. En 1919, les Elema de l’Est détruisent leurs objets et condamnent leurs rituels dans une manifestation appelée la « folie Vailala ». Il faudra attendre 1946 pour que le mouvement de Tom Kabu encourage également l’abandon des rituels et des objets dans le Delta du Purari. Ces événements cumulés avec le développement de la chrétienté furent tels que les communautés de l’ouest du golfe abandonnèrent leurs arts rituels au cours des années 1960 et 1970. En 1966, l’ethnologue, géologue et biologiste allemand Thomas Schultze-Westrum collecte ce superbe exemple de Kakame dans le Village Nahoromere. Il note à l’époque que beaucoup d’objets étaient déjà détruits. Il précise que les objets en bois étaient brûlés, cassés, enterrés, cachés dans la forêt primaire, empilés dans de petites huttes de fortune, ou simplement laissés à l’abandon et à la merci des rongeurs et termites. Les couleurs vives accentuent l’effet visuel que procure cette stylisation d’ancêtre. Comme souvent dans l’art de Mélanésie, la couleur rouge renvoie au divin et la couleur blanche à la mort. Selon John Friede certaines sculptures Kakame avec les bras en l’air comme celle présentée ici auraient une relation directe avec le dieu Iriwake. Ce dieu est un héros mythologique associé à la chasse aux têtes. Il est dit que cette entité divine a sa demeure dans le ciel d’où il libère le tonnerre et la foudre.